Coupures à répétition, problèmes de qualité, pollution au chlordécone… Après plusieurs années de mobilisation, le dossier de l’eau en Guadeloupe vient de franchir une étape judiciaire importante.

Le 24 septembre 2026, le tribunal judiciaire de Paris a confié le dossier à une juridiction spécialisée dans les affaires de santé et d’environnement, en vue de l’ouverture d’une véritable instruction judiciaire.
Au cœur de cette procédure se trouve le recours citoyen baptisé « La Goutte d’eau ».
L’objectif est notamment de faire la lumière sur les conséquences des coupures d’eau prolongées, mais aussi sur les problématiques liées à la qualité de l’eau et aux épisodes de pollution, notamment au chlordécone.
Plus de 230 plaignants ont aujourd’hui rejoint cette action, aux côtés notamment de l’association Kimbé Rèd FWI, de la Ligue des droits de l’Homme et de Notre Affaire à Tous.
Autrement dit, ce qui était jusqu’à présent avant tout un problème sanitaire, environnemental et de gestion du service public prend désormais une dimension judiciaire beaucoup plus importante.
L’ouverture d’une instruction ne signifie pas qu’une personne ou une institution a déjà été reconnue coupable.
Il s’agit au contraire d’une phase d’enquête approfondie menée sous le contrôle d’un juge d’instruction.
Son rôle est de rechercher les éléments permettant de comprendre les faits et, le cas échéant, d’identifier d’éventuelles responsabilités.
Documents, expertises, auditions ou encore analyses techniques peuvent ainsi être examinés.
L’instruction doit permettre de déterminer si les éléments recueillis justifient ensuite un procès ou, au contraire, un classement du dossier.
Parce qu’elle permet désormais à la justice d’examiner en profondeur une situation qui dure depuis plusieurs années.
Les associations à l’origine du recours indiquent notamment que des épisodes de non-potabilité et des dépassements de seuils concernant le chlordécone ont été signalés ces dernières années dans plusieurs communes de Guadeloupe.
L’affaire dépasse donc largement la simple question d’une canalisation défectueuse ou d’une coupure ponctuelle.
Elle pose des questions plus larges :
Qui peut être juridiquement responsable lorsqu’un service essentiel fonctionne durablement de manière défaillante ?
Quels préjudices peuvent être reconnus pour les habitants ?
Et dans quelles conditions une victime peut-elle obtenir réparation ?
Les personnes estimant avoir subi un préjudice peuvent, sous certaines conditions, chercher à se constituer partie civile.
Cette démarche permet notamment à une victime de participer à la procédure judiciaire, d’accéder à certains éléments du dossier par l’intermédiaire de son avocat et de demander réparation du préjudice subi.
Les organisations porteuses du recours indiquent que les personnes concernées par la crise de l’eau peuvent rejoindre la procédure afin de faire reconnaître leur qualité de victime et, le cas échéant, solliciter une indemnisation.
À ce stade, il est trop tôt pour répondre.
Et c’est précisément tout l’enjeu de l’instruction.
L’ouverture d’une procédure judiciaire ne constitue pas une condamnation et ne permet pas encore d’affirmer qu’une responsabilité pénale sera retenue.
Le juge devra désormais examiner les faits, les décisions prises, les responsabilités éventuelles et le lien entre celles-ci et les préjudices invoqués.
Cette distinction est essentielle : la justice commence à enquêter, elle n’a pas encore jugé.
Compte tenu du nombre de plaignants, de la durée de la crise et des questions sanitaires, environnementales et institutionnelles soulevées, le dossier pourrait nécessiter de nombreuses investigations.
Son transfert vers une juridiction spécialisée témoigne en tout cas de la technicité et de l’importance des questions qui devront être examinées.
Pour les habitants de Guadeloupe concernés par les coupures d’eau ou sa qualité, cette nouvelle étape pourrait surtout permettre de répondre enfin à une question centrale :
peut-on obtenir une reconnaissance et une réparation lorsque l’accès à un besoin aussi essentiel que l’eau potable est durablement compromis ?
Cabinet Nicolas Dubois & Associés
Vous estimez avoir subi un préjudice et souhaitez connaître vos droits, vous constituer partie civile ou comprendre les démarches envisageables dans le cadre d’une procédure judiciaire ? Chaque situation doit faire l’objet d’une analyse juridique individualisée.
Maître Charles NICOLAS est Avocat au Barreau de la Guadeloupe depuis 33 ans. Il se consacre exclusivement aux victimes et à la défense de leurs intérêts, victimes d'accidents ou d'agressions pour lesquels il met en œuvre des procédures d'indemnisation avec comme adversaires les compagnies d'assurances, le fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages et le fonds de garantie des victimes d'infractions. Le cabinet intervient en Guadeloupe, en Martinique et dans l'Hexagone.